6 octobre 2019

Paris-Brest-Paris 2019

Un texte de Guy Mousseau.

En 2015, j’ai participé pour la première fois à l’épreuve cycliste Paris-Brest-Paris ou PBP. Le Paris-Brest-Paris est une épreuve cycliste de longue randonnée, organisée à chaque quatre ans par l’Audax Club parisien. C’est plus de 1 200 kilomètres à compléter en moins de 90 heures. La première édition du Paris-Brest-Paris a eu lieu à la fin du 19e siècle. Pour l’édition 2015, plus de 6 000 concurrents de 66 pays y étaient inscrits.

En 2018, j’ai décidé de refaire le PBP et j’ai commencé à m’y préparer. Puisque cette épreuve est de plus en plus populaire et que les places sont limitées, on doit tenter de compléter les brevets l’année qui précède le PBP afin de s’assurer d’une place. J’ai donc fait les brevets de 200, 400 et 600 km avec le club des Randonneurs de Montréal (http://pages.infinit.net/cvrm/) en 2018. Le 600 km m’a permis de me préinscrire le 28 janvier 2019.

Par contre, quatre brevets des randonneurs mondiaux (200, 300, 400, et 600 km) doivent être faits l’année du PBP, car ceux qui ont été faits en 2018 ne comptent pas. J’ai donc refait tous mes brevets en 2019 avec le club de Montréal. En 2015, j’avais fait mes brevets avec le club des Randonneurs de l’Ontario.

Pour le 600 km, nous sommes partis de Brossard et avons contourné le lac Mégantic en passant par Notre-Dame-des-Bois/Woburn et retour via Sherbrooke. Un trajet qui comporte beaucoup de côtes, ce qui est une bonne pratique pour le PBP qui cumule un dénivelé de 11 000 m sur les 1 200 km.
Le départ du PBP était le 18 août 2019. Nous sommes partis de Montréal le 14 août pour avoir quelques jours pour nous acclimater. Le départ du PBP se faisait cette année de Rambouillet, situé à 50 km au sud de Paris. Ma conjointe Mireille et moi avions loué une petite maison à Plaisir près de Versailles pour 9 jours, car Mireille y resterait pendant mon aventure. Pendant que je m’amusais, elle a fait du bénévolat pour le PBP. Elle s’occupait d’accueillir les cyclistes qui terminaient leur dernière étape à Rambouillet les 20 et 21 août et de m’accueillir le 22 août 😊. Elle a adoré son expérience de bénévolat.
Le départ s’est fait par vagues d’environ 300 cyclistes partant toutes les quinze minutes. Mon numéro de cadre, le L065, indiquait que j’étais dans le groupe « L » qui partait à 18 h 45 le dimanche 18 août 2019.

Il y a 13 points de contrôle connus sur le trajet, en plus de deux points de contrôle secrets. En 2015, j’ai perdu beaucoup de temps dans les points de contrôle, car il y a beaucoup de monde et les files sont longues pour la nourriture, les toilettes, etc. Cette fois, j’ai mangé la plupart du temps à l’extérieur de ces points de contrôle, ce qui a diminué le temps perdu à attendre en ligne. Le départ s’est fait un peu dans la confusion. Il faut trouver notre groupe et attendre notre tour. Pas évident avec 6 000 cyclistes fébriles et qui, en plus, ne parlent pas tous français ou même anglais.

J’ai roulé la première nuit et la journée du lundi sans dormir et je me suis arrêté à Loudéac à 18 h 44 (kilomètre 450) pour essayer de dormir au moins deux heures. Des dortoirs sont aménagés dans des gymnases à plusieurs points de contrôle. Puisqu’il y a beaucoup de monde, ça prend absolument des bouchons pour les oreilles. Le bruit des ronflements est intense, surtout que les gens qui y dorment sont « brulés ». Finalement, j’ai dormi seulement une heure et je suis reparti pour une deuxième nuit de vélo.

Arrivé à Carhaix (km 521) à 2h38 mardi matin, je m’endormais beaucoup, alors je me suis couché à l’extérieur pendant une heure, car il y avait trop de monde en ligne pour entrer dans le dortoir. Pas une très bonne idée, car c’était très froid et humide même avec petite couverture de survie.  Je suis arrivé à Brest (km 605) le mardi à 9 h 35. Il faisait beau et chaud au soleil et j’ai donc dormi une autre heure sous un arbre. Cette année, je voulais dormir quand j’en sentais le besoin pour ne pas risquer de tomber endormi sur mon vélo. Ça m’était arrivé en 2015. Pas très plaisant ! Heureusement que je ne suis pas tombé. J’ai été témoin de quelqu’un qui s’est endormi sur son vélo. Nous étions environ 6 randonneurs et le premier en avant s’est endormi et a bifurqué vers un camion qui arrivait en sens inverse. Tout le monde a réagi et crié. La personne s’est réveillée brusquement et s’est dirigée promptement sur le côté.

Je me suis rendu à Brest en 38 heures 42 minutes, il me restait donc plus de 50 heures pour le retour vers Paris. J’évaluais donc que c’était possible de terminer le PBP en moins de 90 heures. Par contre, je savais que je devais dormir plusieurs heures avant l’arrivée car, jusque-là, j’avais seulement dormi deux heures pour le trajet vers Brest.

Je suis parti de Brest en avant-midi. J’ai roulé un bout de temps avec un autre cycliste du club des Randonneurs de Montréal. Il voulait se rendre à Loudéac, mais moi j’avais décidé d’arrêter lorsque je sentirais la fatigue.

À St-Nicolas-du-Pelem (km 739), j’ai décidé de dormir un peu même s’il était tôt en soirée (19 h). La plupart des gens voulaient continuer pour se rendre à Loudéac (km 783). Finalement, ce fut la meilleure décision du périple. Il y avait seulement une dizaine de personnes dans le dortoir et personne dans la douche et dans la salle de bain. En plus, l’eau était chaude, ce qui n’était pas le cas dans les autres points de contrôle bondés.

Après une douche et une sieste de 1 h 30 heure, je suis reparti un peu avant 22 h. J’ai roulé toute la nuit jusqu’à Fougères (km 923) où j’ai décidé de dormir encore une heure au soleil (il était 11 h 34). Ensuite, un long après-midi pour me rendre à mon prochain repos à Mortagne (km 1 097). Un trajet que j’ai trouvé épuisant mais, heureusement, dans plusieurs petits villages ou même sur la route près de maisons isolées, les gens nous offraient du café, du gâteau et nous encourageaient en criant : Allez ! Allez ! Bon courage ! Cela m’a donné l’énergie pour continuer. À Mortagne, j’ai réservé un lit pour deux heures et, cette fois-ci, ils ont dû venir me réveiller car j’étais vraiment parti pour une bonne nuit de sommeil.

Je suis arrivé à Dreux (km 1 174) tôt jeudi matin. J’ai acheté des nouilles avec du poulet, mais je n’ai pas pu manger. J’étais trop fatigué et je n’avais plus le goût de manger des pâtes, des sandwichs et des trucs sucrés. Je ne savais plus quoi choisir pour m’alimenter. Je suis donc reparti avec le peu d’énergie qui me restait.

J’ai finalement terminé le PBP à 10 h 19 le jeudi matin à Rambouillet (km 1 219), pour un temps de 87 heures 27 minutes. Un peu plus rapide qu’en 2015, même si j’ai dormi beaucoup plus. J’ai quand même l’air « brûlé » sur la photo.

Cette longue randonnée du PBP est vraiment une expérience étrange. Pendant le trajet en vélo, c’est très exigeant et, souvent, on se demande ce qu’on fait là et on se dit qu’on ne le referait plus jamais. Mais quand on voit tous les gens des villages bretons et les bénévoles qui nous encouragent en cours de route, quand on pense à tous les échanges intéressants qu’on a eus avec les randonneurs venant de partout, on se dit, une fois la fatigue dissipée après quelques jours de repos, qu’il faut revenir dans quatre ans pour revivre cela. C’est un très beau défi !

Guy Mousseau

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