31 mars 2019

Les aventuriers de l’Eurovélo 6

*Ce texte a été originalement publié en décembre 2018 dans Le Bé, le bulletin de l’Association des Dubé d’Amérique, No 70.

Par Chantal Dubé.

Itinéraire du voyage de 1657 km effectué par le groupe en vélo de Nantes, en Bretagne, à Bratislava, en Slovaquie, sur l’EuroVelo6, un itinéraire cyclable qui relie l’Atlantique aux rives de la Mer Noire en Roumanie. (Photo: http:// aventureev6.blogspot.com).

Le vélo est ma passion depuis le jour où mon père m’a permis, à l’âge de 15 ans, d’utiliser les 1000$ que j’avais reçus en héritage de ma sœur Lisette, décédée dans un accident de la route. Je m’étais acheté un vélo 10 vitesses Le Jeune, Tour de France, tout blanc!

Une sténose aortique, diagnostiquée au même âge, qui s’est avérée beaucoup plus tard être un diagnostic erroné, avait toutefois ralenti mes ardeurs. Toujours est-il qu’une fois les enfants élevés et un congé différé de 6 mois en poche, je me suis procuré un vélo hybride. C’était en l’an 2000.

C’est aussi à ce moment que je me suis impliquée comme bénévole pour faire de la patrouille à vélo au sein de Vélo Services, un organisme à but non lucratif dont la mission est de sécuriser le réseau de 230 km de pistes cyclables de l’Outaouais, entre  Aylmer et Buckingham, de prodiguer les premiers soins au besoin et de donner des informations touristiques. J’ai  aussi oeuvré au sein du conseil d’administration de l’organisme comme vice-présidente aux communications, secrétaire et enfin présidente pendant plusieurs années. Quelques années plus tard, j’ai fait l’acquisition d’un vélo de route, puis d’un vélo en carbone.

Un rêve qui m’habite depuis plusieurs années est la traversée du Canada à vélo avec bagages, en solo. Le livre de Bertrand Lemeunier, Ô Canada, 16500 km d’un océan à l’autre, et sa conférence sur son voyage m’ont donné la piqûre.

À l’automne 2017, un ami m’a invitée à participer à un voyage à vélo en Europe pour cinq semaines avec un groupe d’amis. Il voulait parcourir l’EuroVélo 6, communément appelée la piste cyclable Nantes-Budapest. C’était l’occasion rêvée pour moi de parcourir plusieurs kilomètres avec bagages et de tester mon endurance à rouler tous les jours sur une plus longue période. Une pratique avant la traversée du Canada ?

Six rencontres préparatoires du groupe ont eu lieu avant le grand départ fixé au 12 septembre 2018. Nous partions de Nantes pour nous rendre à Bratislava: 1657 km. Les itinéraires ont été téléversés  sur le Garmin de trois des cyclistes à l’aide de  l’application Ride with GPS. Avant même le départ, nous savions exactement quels trajets nous allions parcourir et le kilométrage à parcourir à chaque jour. Nos hébergements étaient réservés.

Nous avons sillonné les sentiers cyclables longeant la Loire, le Rhin et le Danube traversant ainsi la France, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche et la Slovaquie. Pour finir en beauté, nous prenions le train de Bratislava jusqu’à Prague, pour un court séjour en République tchèque avant de revenir à Montréal.

Les cinq aventuriers de l’EuroVélo 6 juste avant leur départ de l’aéroport de Nantes-Atlantique pour entreprendre leur périple sur l’EuroVélo 6. On voit dans l’ordre habituel Chantal Dubé, Denis Paquette, Robert Martin, Hélène Prévost et Sylvio Bisson (Photo: auteur inconnu)

Finalement, nous étions cinq le jour du départ: Chantal Dubé, Denis Paquette, Robert Martin, Hélène Prévost et Sylvio Bisson. Un attroupement de Français a profité du spectacle d’un air ébahi à notre arrivée à l’aéroport de Nantes. Cinq cyclistes qui déballent leur vélo et les remontent sur place à côté du carrousel à bagages, c’est un spectacle qui a attiré beaucoup de regards et suscité beaucoup de questions. Les Garmin se sont avérés d’une grande utilité pour quitter l’aéroport afin de rejoindre notre hôtel situé 13 km plus loin et tout aussi utiles pour entrer et sortir des villes que nous avons visitées.

Une journée-type de notre voyage se déroulait ainsi :

06h45: Levée des corps

07h30 : Petit Déjeuner

08h30:  Départ

10h00:  Pause-café

12h00:  Déjeuner

15h00: Arrivée à destination, sauf en cas de crevaison, d’accrochage ou d’un ennui mécanique

16h00:  Bière sale accompagnée de croustilles (1)

17h00: Inscription à l’hôtel, rangement des vélos

C’était ensuite le moment de la douche, le lavage de nos vêtements de vélo (3 maillots et 3 cuissards pour 5 semaines), l’organisation du dîner et de la soirée. Une marche s’imposait après un copieux repas et quelques verres de bon vin. De retour à l’hôtel,  nous préparions nos vêtements et nos bagages pour le lendemain. Coucher vers 21h30-22h00.

Traversée de la rivière Authion, un affluent de la Loire, près de la ville de Trélazé, dans les environs d’Angers, sur un bac manuel autonome (Photo: Robert Martin) .

Chacun de nous avait, lors de l’organisation du voyage, choisi la tâche de réserver les hébergements dans un secteur donné. Par exemple, la personne qui choisissait la France avait la charge de trouver et de réserver l’hébergement dans les villes où elle avait choisi de s’arrêter pour la nuit. Des hôtels, des auberges de jeunesse, des appartements furent témoins de nos ronflements.  Quelquefois, nous avions le petit déjeuner inclus. Sinon on achetait le soir avant croissants et pains agrémentés de yogourts, si délicieux en Europe. Il arrivait très souvent que nous achetions aussi notre déjeuner pour sauver du temps le lendemain midi.

Une autre tâche nous était assignée à tour de rôle: la responsabilité de gérer les finances communes, soit le coût des petits déjeuners, des cafés à la pause du matin et de la bière sale. Nous déposions 50 euros chacun dans un porte-monnaie aux couleurs du Québec. La passation du pouvoir avait lieu le jeudi matin.

Chantal Dubé et Denis Paquette, son conjoint, devant le château de Chambord (Photo: Hélène Prévost).

Nous avons  roulé en moyenne 70 km par jour. Nous sommes quand même restés 2 jours à Nantes, 2 jours à Orléans, 2 jours à Saint-Louis, 2 jours à Ulm, 3 jours à Vienne et 3 jours à Prague, ce qui nous a permis de jouer aux  touristes et de faire l’entretien de nos vélos.Après quelques 600 km de coups de pédales en France, nous voilà tantôt sillonnant la  Forêt Noire allemande tantôt la Suisse alémanique. Drôle de sensation que de passer d’un pays à l’autre sans avoir à traverser un poste frontalier et à présenter son passeport.  Différent de ce que j’ai connu il y a presque 40 ans lorsque je vivais en Suisse.

Mon coup de cœur: l’Allemagne! Les automobilistes allemands nous apparurent d’abord agressifs envers les cyclistes. Gros contraste avec les automobilistes français qui s’accommodaient bien de notre présence sur leur réseau routier.  Lorsque nous les abordions, les Allemands étaient plutôt froids en général mais dès que l’on entamait une conversation avec eux, ils devenaient ouverts. Ils s’excusaient très souvent de ne pas bien parler la langue de Shakespeare. Et pourtant!

La campagne allemande est d’une beauté à couper le souffle. Paysages bucoliques, les villages sont d’une propreté incroyable. La merveilleuse Bavière. Un arrêt incontournable s’impose dans les villes de Gaienhofen, au bord du lac de Constance, de Regensburg et de Passau.

Parti de Schwenningen, à 70 km de là, le groupe se repose au Café Schon à Sigmaringen avant de parcourir les 10 derniers kms jusqu’à Obermarchtal. On voit de g. à d. Hélène Prévost, Robert Martin (debout), Sylvio Bisson (manteau rouge), la serveuse du café, Chantal Dubé et Denis Paquette. (Photo: auteur inconnu)

Pas trop de difficulté avec la langue allemande; l’apprentissage de la langue anglaise est maintenant obligatoire dans les écoles. On s’adressait aux plus jeunes lorsque cela s’avérait nécessaire.

La ville de Bratislava en Slovaquie aurait mérité que l’on s’y attarde un peu plus. La vieille ville piétonnière est reconnue pour ses cafés et ses soirées animées. Son magnifique château sur la colline surplombe la ville et le Danube.

Avoir réservé nos hébergements à l’avance et vouloir parcourir 1657 km avec bagages en 1 mois, puisqu’il y a des journées où nous n’avons pas roulé, limitaient nos possibilités de visiter des endroits très intéressants.

La porte Saint-Michel est la seule porte des anciens remparts de la vile de Bratislava qui existe encore. La tour fut construite au XIVe siècle. Son aspect baroque date de la rénovation effectuée dans les années 1753-1758 (Photo: Wikipedia)

L’EuroVélo 6  n’est pas aussi plat que nous le pensions. Beaucoup de sentiers sont en gravier, vallonnés et en montagne. Un bon vélo pour cyclotourisme bien ajusté est absolument nécessaire. Mon Marinoni était équipé de deux sacoches à l’arrière et je compte bien en ajouter deux à l’avant lors d’un prochain voyage. J’avais l’impression, en montant les côtes, que le devant de mon vélo allait se soulever de terre.

Prochain voyage? La deuxième partie de l’EuroVélo 6 peut-être, de Budapest à la Mer Noire. La traversée du Canada va bien attendre un peu…

 

Note:

1. Contrairement à ce que pourrait penser un noninitié, il n’y a pas là une faute de français et les cyclistes ne boivent pas de bière salée. Dans le jargon des cyclistes au long cours, une bière sale est une bière que l’on savoure à la fin d’une longue journée de vélo avant d’aller se doucher et de changer de vêtements

 

Chantal Dubé

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